Les couleurs de l’automne

Les couleurs de l’automne

Laisser l’automne faire ce qu’il sait si bien faire. J’ai toujours aimé ce moment un peu particulier où l’été commence doucement à s’effacer. Il reste encore quelques soirées tièdes, quelques traces de chaleur dans les murs, mais quelque chose a déjà changé dans la lumière. Les journées raccourcissent, les fenêtres restent ouvertes un peu moins longtemps et, presque sans que l’on s’en rende compte, le paysage commence à changer de couleur.

Il y a quelques jours, j'y ai même écrit ce petit poème :

Sous un ciel étoilé
La chaleur de l’été
Tout doucement s’efface
Pour laisser à l’automne
Toute sa place

 

 

Je crois que je n’avais pas besoin de beaucoup plus pour décrire cette sensation. L’automne n’arrive pas vraiment d’un coup. Il s’installe doucement, presque à notre insu, jusqu’à ce qu’un matin on remarque les premières feuilles jaunes, la lumière plus basse ou cette fraîcheur qui entre par la fenêtre.

Et puis viennent les couleurs.

Le brun de l’écorce, de la terre humide, des feuilles qui sèchent, du bois et du cuir. Une couleur profonde et rassurante, qui nous ramène presque instinctivement vers les matières et les intérieurs chaleureux. Une table en bois, un vieux livre, un fauteuil, un panier rempli de châtaignes : le brun a quelque chose de familier, de solide, de profondément réconfortant.

À côté, il y a l’orange, beaucoup plus lumineux. Celui des feuilles dans les arbres, des citrouilles, d’un feu dans la cheminée ou des dernières lueurs du jour. C’est une couleur chaude et vivante, mais aussi légèrement mélancolique.

Les feuilles changent de couleur avant de tomber. La lumière quitte la pièce un peu plus tôt chaque soir. On ressort les pulls des armoires, on ferme les fenêtres et l’on recommence à chercher, dans nos maisons, cette chaleur que l’été nous permettait d’oublier.

Puis vient la pluie.

On l’entend contre les vitres, régulière, parfois presque imperceptible. Les rues deviennent brillantes, les arbres plus sombres et les couleurs plus profondes. Il y a quelque chose de particulièrement apaisant dans le fait de regarder la pluie depuis l’intérieur. Et bien sûr il y a cette odeur, si reconnaissable parmi tant d'autres : le pétrichor. On en parlera dans un prochain article.

L’automne transforme alors la maison en refuge.

On allume une lampe plutôt que le plafonnier. On ressort une couverture, on enfile un pull un peu trop grand. Une odeur de bois, de thé chaud ou de cannelle commence à flotter dans la pièce. La cannelle me fait immédiatement penser à cette saison : ses notes chaudes et épicées évoquent les gâteaux sortis du four, les boissons fumantes, les après-midi gris et cette envie très simple de rester chez soi. Give me my pumpkin spice latte !!!!!!

Ce qui me plaît dans l’automne, c’est qu’il ne change pas seulement ce que nous voyons. Il modifie toute l’atmosphère autour de nous. Les couleurs deviennent plus profondes, les textures plus présentes, les odeurs plus enveloppantes. Le bruit de la pluie remplace celui des fenêtres ouvertes et la lumière naturelle diminue, nous poussant à créer nous-mêmes de petites poches de chaleur dans nos intérieurs.

Peut-être est-ce aussi pour cela que nous aimons tant cette saison : elle nous donne une bonne raison de ralentir.

De rentrer plus tôt, de préparer une infusion, de lire quelques pages, d’écouter la pluie sans chercher à remplir le silence. De retrouver des plaisirs simples que l’on avait presque oubliés pendant les longues journées d’été.

Il y a dans l’automne une beauté particulière, peut-être parce qu’elle est temporaire. Les arbres sont magnifiques précisément parce que leurs couleurs annoncent leur disparition prochaine. Et cette idée me touche : certaines choses sont belles aussi parce qu’elles ne sont pas faites pour durer. Il y a dans l’éphémère quelque chose de si beau.

Alors, lorsque les premières feuilles commencent à tomber et que la lumière prend cette teinte dorée que l’on ne voit qu’à cette période de l’année, j’aime simplement regarder par la fenêtre un peu plus longtemps.

Et laisser l’automne faire ce qu’il sait si bien faire : nous rappeler que tout n’a pas besoin d’être lumineux, rapide ou nouveau pour être beau. Parfois, il suffit de ralentir, de rentrer chez soi et de laisser à la saison toute sa place.

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